Le vin bio n’est plus une niche. À Millésime BIO, le plus grand salon professionnel dédié aux vins biologiques, cette évolution saute aux yeux : des domaines historiques aux jeunes vignerons engagés, la viticulture biologique s’impose désormais comme une norme dans de nombreuses régions du monde.
Dans les halls du Parc des Expositions de Montpellier, derrière son allée de palmiers, les nombreuses rangées de kiosques s’animent de conversations qui passent naturellement de l’anglais à l’italien, de l’espagnol au français, tandis que sommeliers, importateurs et journalistes dégustent à un rythme soutenu. Pendant trois jours, plusieurs milliers de professionnels venus du monde entier se retrouvent ici pour prendre le pouls d’une filière qui ne cesse d’évoluer.
Portrait de la 33e édition
Chaque année, Millésime BIO réunit à Montpellier plusieurs milliers de professionnels du vin. L’édition 2026, la 33e du salon, a accueilli environ 8 700 visiteurs venus de près de 50 pays, et près de 1 400 exposants. Producteurs, importateurs, cavistes, restaurateurs et journalistes s’y donnent rendez-vous pour découvrir les nouveaux millésimes et établir des contacts commerciaux. Pour de nombreux acheteurs internationaux, l’événement est devenu un incontournable du calendrier viticole.

Dès l’entrée au salon, l’impression est celle d’un immense terrain de dégustation. Les stands se succèdent à perte de vue, tous identiques – une table, quelques bouteilles, des verres et un crachoir. Cette scénographie volontairement dépouillée, revendiquée par les organisateurs, laisse toute la place au vin, sans égard aux budgets marketing. Ici, pas de décors spectaculaires ni de stratégies marketing flamboyantes, mais des vins à découvrir et des conversations à engager.
Cinq conversations tenues à Millésime BIO
Au-delà des dégustations, Millésime BIO agit comme un véritable observatoire des transformations du secteur. Si la certification biologique a connu un lent départ dans les années 1990, elle s’impose aujourd’hui comme une pratique largement adoptée dans de nombreuses régions viticoles. Dans les discussions entre vignerons et visiteurs, les sujets évoqués dépassent désormais la seule question du bio pour aborder d’autres préoccupations : adaptation aux changements climatiques, pratiques agricoles régénératives, évolution des marchés internationaux ou encore nouvelles attentes des consommateurs. Ces thèmes sont aussi explorés lors d’ateliers et de masterclass tout au long du salon. Voici quelques sujets qui ont retenu notre attention.
1. Appellations en biodynamie : Demeter vs Biodyvin
Si le bio est désormais largement répandu, plusieurs domaines vont aujourd’hui plus loin en adoptant la biodynamie. À Millésime BIO, de nombreux producteurs présentaient des vins certifiés sous l’un des deux principaux labels du secteur : Demeter et Biodyvin. Tous deux reposent sur les principes de la biodynamie inspirée de Rudolf Steiner, qui vise à considérer le vignoble comme un organisme vivant et à renforcer la vitalité des sols. La différence tient surtout à leur structure : Demeter est une certification internationale couvrant plusieurs types d’agriculture, tandis que Biodyvin – l’initiative de quelques vignerons ayant quitté Demeter – est une association composée uniquement de vignerons et entièrement dédiée à la viticulture.
Chacune de ces appellations avaient sa propre section à Millésime BIO, dénotant d’une reconnaissance maintenant gagnée. Pourtant, on note tout de même, comme en témoigne Manon Saurel du Domaine Montirius et d’autres, un certain « rétro-pédalage » dans l’industrie, illustré par de moins en moins de recherches scientifiques sur le sujet et d’attention médiatique, voire du dénigrement, lequel toutefois ne date pas d’hier. Quoiqu’il en soit, certaines régions, pour leur part, voient quand même leur nombre de vignobles en biodynamie augmenter année après année.

2. La biodynamie gagne du terrain en Champagne
Longtemps perçue comme marginale dans une région aussi codifiée que la Champagne, la biodynamie y gagne progressivement du terrain. Même si elle reste minoritaire, le nombre de domaines engagés continue d’augmenter. À ce jour, 24 maisons et domaines sont certifiés en biodynamie dans la région selon les sites de Demeter et de Biodyvin. Pour plusieurs producteurs, incluant Champagne Hugues Godmé et Champagne Fleury, le pionnier de la biodynamie en Champagne depuis 1989, le discours est similaire : c’est lors d’une dégustation de vins en biodynamie qu’ils ont décidé de prendre le virage, notant une vivacité inégalée dans ces produits.
Les grandes maisons commencent elles aussi à explorer ces pratiques : par exemple, la maison Louis Roederer cultive une partie importante de son vignoble en biodynamie, notamment pour certaines cuvées prestigieuses. Portée par des vignerons indépendants et une nouvelle génération de producteurs, cette approche témoigne d’un mouvement plus large en Champagne : une réflexion de plus en plus poussée sur la santé des sols et l’expression des terroirs.
(FIN PARTIE 1 – SUITE À VENIR)




